Interrogés sur les principaux risques liés à leur activité, les professionnels du secteur transport et logistique mettent en évidence les conséquences de l’ouverture de leur marché : ils considèrent la concurrence et le respect de la réglementation comme des risques majeurs, et ce dans une plus grande mesure que leurs homologues d’autres secteurs*.
64 % des responsables transport et logistique interrogés identifient la concurrence comme risque numéro un. Dans le ferroviaire, la libéralisation conduite par l’Union européenne a vu émerger de nouveaux acteurs. En France, 6 entreprises ont obtenu un certificat de sécurité de transport de voyageurs, alors qu’elles n’étaient que 2 en 2010 ; et 21 entreprises peuvent désormais assurer un transport ferroviaire de marchandises, alors qu’elles n’étaient là encore que 2 en 2005. Dans l’aérien, le développement du « low cost » et le positionnement des compagnies du Golfe sur la clientèle haut de gamme bouleversent l’équilibre du marché.
Le deuxième défi majeur révélé par l’enquête est le respect de la règlementation nationale et internationale, cité par 46 % des responsables. Dans le ferroviaire, ces dix dernières années ont été marquées par une évolution du cadre réglementaire, jusqu’à l’adoption par la Commission européenne fin janvier 2013 du quatrième paquet ferroviaire, qui a remis en lumière le débat relatif à la séparation des rôles et responsabilités entre gestionnaire d’infrastructure et opérateur de transports. Pour les transports routiers, la réglementation en termes de cabotage reste forte. Au niveau aérien, le cadre juridique actuel européen ne permet toujours pas la fusion de sociétés étrangères entre elles. Enfin, la régulation environnementale est également très présente (entrée en application de la norme Euro 6 en 2014 pour les transports routiers, système ETS pour l’aérien). Ce contexte réglementaire contraint explique la perception des acteurs du secteur, qui classent ce risque dans le top 10, alors qu’il n’est qu’en 17e position pour les autres secteurs.
Face à ces défis, quelle stratégie de gestion des risques ? L’enquête révèle que les entreprises du secteur ne tolèrent aucune exposition aux risques liés à la sécurité ou aux risques stratégiques, tels que la réputation ou la planification / réalisation. En effet, les enjeux de sécurité des personnes et la nécessaire confiance dans la chaîne logistique (arrivée à bonne destination et dans les délais) excluent toute prise de risques dans ces domaines. De la même manière, l’appétence du secteur aux risques « politiques et rôle des gouvernements » est beaucoup plus faible, du fait notamment de la présence dans les parties prenantes d’autorités organisatrices de transport, du mode de financement spécifique avec l’octroi de subventions publiques, et de l’influence considérable du régulateur comme du législateur en matière de concurrence et de contraintes environnementales.
Si aujourd’hui concurrence et réglementation sont leurs premières préoccupations, les entreprises du transport et de la logistique vont voir apparaître de nouveaux risques liés aux ruptures technologiques et au bouleversement des modes de consommation du transport, le tout dans un contexte de renchérissement du coût de l’énergie…
Ces (r)évolutions doivent rapidement être intégrées par les différents acteurs dans leur réflexion stratégique, tant leur influence sera significative, de même que les changements organisationnels en découlant.
Christine Vitrac, associée Ernst & Young
Responsable du secteur Automotive, Transportation, Airlines
*Enquête réalisée par FERMA, en partenariat avec Ernst & Young et Axa en 2012, auprès de 809 responsables de la gestion des risques et de l’audit interne de grands groupes européens dans tous les secteurs d’activités.
SOURCE : http://paper.li/stevengerard29/1294089938
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